Focus sur la tenue masculine civile


Italie, vers 1370


Buts :

Décrire dans les grandes lignes une tenue type, compatible au contexte reconstitué par l'Ost du Lac et apte à la vie quotidienne, y compris en extérieur, hors cadre particulier (cour, clergé, militaire etc...). Ceci en allégeant au maximum la terminologie historique afin de gagner en clarté quitte à prendre quelques libertés.


Article basé sur l'observation par l'auteur de diverses sources principalement iconographiques datées et des informations obtenues auprès d'artisans spécialisés reconnus.



1) Les sous-vêtements


La première couche, les sous-vêtements : en haut, la chemise en lin sans col et en bas, les braies "courtes" (mi-cuisse/dessus du genoux) en lin aussi, maintenues par cordon que nous appellerons "aiguillette".


Chroniques de Froissart mi-XIVe

Bibl. Ste Geneviève, Paris. Ms.777 vers 1370










2) Pantalons ?


En deuxième couche du bas, les chausses en laine, à pied ou à étrier. On va d'abord s'arrêter un peu là dessus.


Chausses rondes, Speculum humanae salvationis, c.1360.


Pour notre contexte, les chausses dites "rondes" semblent être la règle. Ceci dit, elles sont utilisées depuis déjà longtemps et continueront à l'être au siècle suivant. Plutôt ajustées, elles sont reliées à la "ceinture" des braies par des aiguillettes, dans l'axe du dessus de la cuisse et sont souvent portées avec des jarretières au dessus du mollet afin de réduire la tension sur les aiguillettes.



Livres d'heures de Catherine de Clèves 1440


"Taymouth hours" 1325-50

Chausses rondes à pied illustration de gauche



Avec jarretières illustration de droite




Les chausses dites "à queue" semblent un peu tardives pour nous et s'attachent généralement par l'avant et l'arrière au vêtement porté par dessus la chainse. Ce type de fixation est attesté qu'à partir de 1364 et encore, dans un premier temps, pas forcément partout ni dans toutes les classes. A noter que la plus ancienne pièce conservée est dotée d'un système de laçage intégré au vêtement du haut, cousu à l'intérieur de celui-ci. Pas de simples trous pour recevoir des aiguillettes amovibles.


"Tacuinum sanitatis" Allemagne 1400-25

"Tacuinum sanitatis" Italie 1380-99


Gauche et droite, chausses à queue (à étrier pour l'image de Gauche), avec laçage arrière défait, les pans postérieurs rabattus laissant apparaitre les braies.





3) Et par dessus le sous-vêtement du haut ?


Pour la deuxième couche du haut, c'est une sorte de tunique en laine qui peut être doublée lin bien que la pertinence d'une doublure soit très discutable. Elle est bien ajustée au corps et portée par dessus la chainse. Toujours sans col, elle descend au moins jusqu'à mi-cuisse parfois jusque vers les genoux. On peut y lacer des aiguillettes reliées aux chausses "rondes" ou "à queue" mais pour ces dernières, il y aura aussi un laçage à l'arrière et les sources suggèrent que dans les deux cas, pour nostre contexte, c'est pas de mise.


Spéculum humanae salvationis vers 1360

Omne bonum, Angleterre vers 1360

Bref, appelons cette tunique "cotte". Elle peut être ouverte sur le devant et/ou sur les manches ou pas du tout, le cas échéant avec des boutons en matières diverses, voir un laçage.


Scène de mariage, Italie vers 1350

A l'origine, elle était plus longue et continue de se raccourcir au fil du temps devenant ce qu'on appellera souvent "doublet" et auquel on attachera systématiquement les chausses. Pour résumer l'équivalent moderne d'une cotte serait une chemise portée par dessus un maillot de corps ou encore un pullover. La première couche exposée au regard, le vêtement du haut par excellence, celui porté la plupart du temps en intérieur comme en extérieur.


Ci-contre exemple de cotte avec avec boutonnage sur le devant et sur les manches. Les modèles les plus souvent représentés sont généralement plus "simples".






4) La veste ?


Ensuite, la troisième couche la plus courante pour nous, beh c'est un peu la même chose que la "cotte" en plus ample (mais pas trop) et plus long, descendant en moyenne au moins aux genoux, parfois plus bas. Appelons ça "surcotte". Principalement destinée au port en extérieur, elle peut être portée par dessus la "cotte" mais hypothétiquement aussi directement sur la chemise de lin. La surcotte est une sorte de veste.




Ici, le personnage qui perce le flanc du Christ avec sa lance à fait passer un pan de sa surcotte dans sa ceinture, révélant le port d'une cotte verte en dessous. (source manquante)





Elle est aussi toujours en laine, souvent doublée, surtout aux manches pour les modèles élaborés et vraisemblablement majoritairement avec du lin (en fonction de la richesse du porteur, ça peut varier). Elle permet des fantaisies, toujours suivant le budget, notamment au niveau des manches qui peuvent p.ex être "à tippet": chaque manche s'arrêtant environ vers le coude et finissant en une sorte de "traine" à la longueur variable, ce qui fait apparaître les avant-bras de la "cotte" portée en dessous. Comme serait indécent laisser apparaître les manches de la chemise, ce type de surcotte rend obligatoire le port de la cotte en dessous.


Cottes à tippets. Paris vers 1355 BNF Ms.1586, fol 51





NB: les tippets peuvent aussi prendre la forme de pièces de tissus seules et rapportés au vêtement ce qui offre la possibilité de les coudre directement sur la cotte comme ci-contre.





Surcottes à tippets, Armenbibel, Allemagne vers 1360





Dans la même optique de laisser apparaître les bras de la cotte, on trouve des manches, courtes, fendues, évasées, et échancrures diverses. À noter que la plupart du temps, les manches des modèles correspondant à la ligne éditoriale choisie par l'auteur, sont fermées et couvrent jusqu'au poignet, même si elles peuvent être boutonnées aux avant-bras comme pour la "cotte".






5) Imperméable/Manteau/doudoune


Grand froid, gros voyage, intempéries, la dernière couche dont on pourrait se doter peut même servir de couverture et même d'abri de fortune individuel


Grandes chroniques de france de charles V, vers 1370

Lois palatines de Majorque, 1337



La quatrième couche, on peut appeler ça "mantel". Là, on est plus sur de la cape "enfilable" ou non, à longueur et découpe variable, en grosse laine doublée ou non.





6) Les pompes ?


Pour rester digeste, on va faire court sur les chaussures : La "poulaine", à l'extrémité toujours en pointe. Pointe d'une longueur variable en fonction du statut et de la fortune du porteur et du contexte (question pratique). Il n'y à pas de semelle et on les portait souvent avec des sortes de claquettes en bois et cuir articulés ou non. Fermeture par boucle(s), laçages divers ou encore sans fermeture.

Paris vers 1355 BNF Ms.1586, fol 51